Il y a au total 150.194 réfugiés et demandeurs d’asile au Rwanda. Parmi eux, 76% sont des femmes et des enfants. Rien qu’à Nyahibeke and Gihembe, on compte 27.404 refugiés. Sharon Chikanya de Plan International Rwanda témoigne de la manière dont les adolescentes dans les camps de réfugiés rwandais luttent pour l’égalité et se construisent un meilleur avenir. 

Notre collègue de Plan International Rwanda Sharon Chikanya est venue du Rwanda pour la conférence Educaid et pour partager avec nous son expérience de cheffe de projet « Empowering Girls for Equality » dans les camps de réfugiés de Nyhabiheke et Guhembe. L’objectif de ce projet est d’aider les adolescents, filles et garçons, dans les camps de réfugiés afin qu'ils reprennent confiance en eux, développent leurs connaissances et deviennent indépendants.

Sharon

« La réponse à la crise des réfugiés à démarrée en 2014. A l’époque, tous les camps de réfugiés au Rwanda ont été confrontés aux problèmes de protection de l’enfant et à la violence sexuelle ou basée sur le genre. Nous avons vu que les problèmes auxquels les adolescentes étaient principalement exposées étaient l’exploitation sexuelle, le commerce sexuel, les grossesses précoces et non-désirées, le décrochage scolaire, l’obligation de s’occuper de la famille, l’accès aux moyens de subsistance et la formation professionnelle limitée. Ces problèmes sont cependant toujours d’actualité dans de nombreux camps.

Les adolescentes dans les camps de réfugiés au Rwanda dans leur combat pour l’égalité

 

On a remarqué que les besoins matériels des filles adolescentes étaient extrêmement élevés et que certaines d’entre elles ont recours au commerce sexuel pour se les procurer. Il n’est pas question d’être ou de vouloir se prostituer, il est question de besoins réels et de pauvreté au sein des familles de réfugiés. Par ailleurs, on attend également des adolescentes qu’elles endossent un rôle de soutien de la famille ; une énorme responsabilité, non sans dangers. Prendre soin des jeunes frères et sœurs, s’assurer de la bonne préparation des repas, faire le ménage, … Toutes ces tâches rendent encore plus difficile la présence à l’école, l’exécution des devoirs et l’assurance d’avoir une bonne éducation. Elles ne risquent pas seulement de rencontrer des problèmes tels que le décrochage scolaire, elles sont aussi exposées à de nombreux dangers. Par exemple, en allant chercher du bois pour faire le feu nécessaire à la préparation du repas, elles vont devoir marcher de longues distances et donc s’exposer à un risque élevé d’abus sexuels.  Beaucoup de filles adolescentes ont été exposées à des violences en allant et venant chercher du bois pour le feu.

Comment Plan International soutient les jeunes adolescent.e.s dans les camps de réfugié.e.s

Pour surmonter ces défis, Plan International Rwanda se concentre sur l'éducation et l'autonomisation des adolescentes afin qu’elles puissent se protéger elles-mêmes. On s’assure entre autre que les filles aient accès à des zones sécurisées ('safe spaces') qui leurs sont réservées et qu'elles reçoivent un soutient psychologique. Dans chacune de ces zones sécurisées, une femme mentor va prendre en charge les adolescentes en groupe ou individuellement. Ces filles ont traversé des moments difficiles et ne se sentent pas toujours à l’aise de parler de leurs expériences, pas même avec leurs parents. Nous cherchons donc à leur procurer des endroits qui leurs sont réservés, où elles peuvent s’exprimer et recevoir du soutient, tant par des professionnels que par leurs pairs. Nous cherchons également à les aider à développer leurs connaissances, leurs pratiques et leurs comportements dans leur vie quotidienne, à leur faire connaitre leurs droits relatifs à la contraception et à leur vie sexuelle ; mais aussi à développer leurs connaissances financières de manière à ce qu’elles puissent dans le futur se construire une activité durable et améliorer leur niveau de vie. Les cours sont dispensés de manière interactive : des jeux de rôles, des récits et vidéos. Le personnel enseignant (des experts dans des domaines spécifiques) est également invité à partager son expérience et les garçons sont conviés lorsqu'il s'agit de cours d'économie.

« Aujourd’hui les filles osent dire ‘non’ quand elles sentent que quelque chose n’est pas bon pour elles »

Nous ne nous focalisons pas uniquement sur les filles, mais aussi sur les garçons entre l’âge de 10 et 17 ans afin que ceux-ci soient sensibilisé aux problématiques de genre et adaptent leur comportement vis à vis des filles. Ils reçoivent à ce titre une formation sur l'égalité des sexes afin d'être eux aussi porteurs de changement. Si l’on veut créer un environnement dans lequel les filles sont en sécurité, il est important que tout le monde soit impliqué : parents, communautés et autorités locales. Notre objectif est de défier les normes et stéréotypes de genre tels que ‘les garçons ne doivent pas cuisiner ou faire le ménage’, ou encore ‘les garçons ne doivent faire que des choses viriles’. Les gens doivent comprendre qu’il n’est pas nécessaire d’avoir tout le contrôle, d’être autoritaire ou puissant pour être un homme. C’est pour cela qu’il est important d’inclure tout le monde, enfants, parents, chefs locaux et autorités dans le combat pour l’égalité de genre afin que tout le monde réalise ses droits.»

Une fille lit un document de Plan

« Mon rêve serait de voir les filles autonomes et capable de faire leurs propres choix, de subvenir à leurs besoins sans dépendre des hommes pour leurs ressources. Je veux que les filles soient indépendantes et économiquement autonomes. Elles ont énormément de potentiel et cela commence par croire en elles-mêmes. »

« Je suis vraiment contente de faire partie de ce projet et je ne peux pas décrire à quel point cela fait du bien d’aider les jeunes filles à être résistantes et à se construire une bonne estime d’elles-mêmes. Elles ont vécu des moments difficiles mais elles ont malgré tout le courage de se lever, de se construire et de croire en elles. Aujourd’hui les filles osent dire ‘non’ quand elles sentent que quelque chose n’est pas bon pour elles.

Quelques résultats

  • 878 filles âgées de 10 à 17 ans vivant dans les camps de réfugiés de Nyabiheke et Gihembe ont accès à des lieux et conseils et de services adaptés à leurs besoins.
  • 878 filles âgées de 10 à 17 ans vivant dans les camps de réfugiés de Nyabiheke et Gihembe bénéficient d'une meilleure éducation et ont connaissance de leurs droits, y compris en matière de santé reproductive et sexuelle. 
  • 585 garçons âgés de 10 à 17 ans ont amélioré leurs connaissances en terme d’égalité de genre et de violence sexuelles et adapté leurs comportements envers les filles.
  • Parents, communautés et autorités locales sont favorables aux processus d’égalité des filles et contribuent à leur autonomie et à la prévention des violences envers elles.

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