En 5 ans, quatre millions de réfugié-e-s ont fui le conflit du Soudan du Sud et sept millions de personnes se sont retrouvées dans le besoin d'une aide humanitaire. Les jeunes filles, en particulier, paient le prix fort de cette crise. Leur sécurité, leur santé et leurs perspectives d'avenir sont gravement menacées, bien plus que celles des garçons et des femmes adultes. Leurs droits et leurs besoins sont souvent ignorés, précisément parce qu'elles sont jeunes et qu'elles sont des filles.

Dans un nouveau rapport, Plan International revient sur la situation spécifique des filles affectées par le crise au Soudan du Sud. Dans le pays et dans les camps de réfugiés en Ouganda, l'enquête met en lumière la manière dont les adolescentes gèrent l'impact de la crise. Le rapport fait entendre leurs voix au travers de 8 points de vue uniques et présente leur vision sur l'efficacité du secteur humanitaire.

Une fille entre 15 et 19 ans, Yei*

Que nous disent les filles?

Les filles ont peur. Pas seulement des hommes armés, mais aussi des violences envers les filles et les femmes au sein de la famille. En ces temps de crise, elles craignent notamment les mariages forcés qui mettent en péril leur santé, leur développement et leur bien-être en général.

Les soldats dans notre village menacent de violer les filles et de les forcer à se marier ensuite.

Une fille entre 15 et 19 ans, Nimule

Elles nous disent aussi qu'elles ont faim: 77% des filles disent qu'elles ne mangent pas à leur faim. Leur santé décline et elles manquent de-concentration à l'école.

Oui, parfois, nous allons dormir sans avoir mangé. Pour gagner de l'argent pour manger, je vends quelques affaires.

Une fille entre 15 et 19 ans, Yei

Les filles témoignent aussi qu'elles ont trop de choses à faire: elles doivent s'occuper de leurs frères et soeurs, aider à gérer la maison et travailler pour gagner un peu d'argent en plus, quand elles peuvent. Du temps précieux qu'elles ne passent pas sur les bancs de l'école, affectant énormément leur avenir.

Ce qui m'inquiète le plus,c'est qu'avec toutes les tâches ménagères, je n'aie pas assez de temps pour étudier, et que je ne réussisse pas mes examens.

Une fille, 17 ans, Baratuka

 

La santé en danger

L'accès aux soins de santé est un défi majeur: les infrastructures sont en grande partie détruites et le coût des médicaments est trop élevé. Les filles ont très peu d'accès aux informations en matière de santé sexuelle et reproductive - ce qui a des conséquences désastreuses pour leur avenir. Malgré des besoins criants, le soutien aux troubles mentaux est inexistant.

Membre d'une ONG, Torit

L'enquête révèle qu'une fille sur quatre interviewée au Soudan du Sud a envisagé au moins une fois de mettre fin à sa vie l'année passée.

Les sources d'espoir

Malgré tout cela, le rapport témoigne aussi de l'espoir, de la persévérance et d'une incroyable résistance des filles. Les  adolescentes indiquent plusieurs facteurs qui sont cruciaux pour survivre et pour soutenir leur famille et leur communauté. Les plus importants sont:

  • Les parents: les filles soulignent que la famille nucléaire fait partie des éléments les plus importants pour le bien-être émotionnel, et pour se protéger contre la violence, la pauvreté et la faim.

Je connais des enfants qui ont récemment été abusés ou maltraités: travail lourd, agression sexuelle, pas d'accès à l'éducation...il y a beaucoup d'orphelins dont personne ne s'occupe.

Une fille, 16 ans, Nyumanzi

  • Education: les adolescentes ont noté à maintes reprises que l'accès à l'éducation était un facteur crucial dans leur vie. L'éducation améliore leur avenir en augmentant leur indépendance et en améliorant leurs chances d'avoir un travail. En plus, l'éducation les protège déjà aujourd'hui car elles ont l'opportunité construire des relations en dehors de leur famille, et parce que l'éducation peut être une raison pour échapper au mariage forcé.

Au Soudan du Sud, seulement 16 % des femmes de 15 ans et plus savent lire et écrire.

Mary, 18 ans, va à l'école à Nimule. Photo: Plan International

 

Les voix du Soudan du Sud: recommandations des filles

Bien qu'énormément de filles ont été affectées par la crise au Soudan du Sud, elles sont rarement consultées sur leurs besoins et leurs attentes. Même leur propre communauté et le secteur humanitaire leur accordent peu d'attention.

Cette enquête veut remédier à cela: elle souligne que les filles et les femmes ont des droits et met en lumière l'importance de prendre en compte leurs idées et de leurs avis dans les actions humanitaires menées sur le terrain. Les filles et les femmes méritent d'être écoutées et d'être prises en considération.

Nous savons que les filles demandent à être protégées: physiquement, émotionnellement et pour assurer leur avenir. Elles ont soif d'éducation et veulent à contribuer à reconstruire non seulement leur propre vie, mais également leur communauté et leur pays.

Les filles émettent leurs recommandations sur base de leurs priorités.

  • Ecoutez les filles, à la maison et au sein de la communauté: donnez-leur une plateforme d'expression et mettez en place un processus pour associer les adolescentes à la planification des programmes et à la prise de décisions.
  • L'éducation des filles ne doit pas être lésée. Eliminez les obstacles qui se trouvent entre les filles et l'école: tâches ménagères, qualité de l'éducation, frais scolaires... 
  • L'accès à l'information et aux services sur mesure pour les filles doivent être une priorité: soutien à la santé mentale età l' éducation sexuelle, santé et droits.
  • Opposez-vous aux violences envers les filles, sous toutes ses formes, en veillant à ce qu'il existe des endroits sûrs pour elles et en organisant des formations autour des changements comportementaux positifs pour les familles et les communautés.

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