S’attaquer à des pratiques discriminatoires comme le mariage forcé, la non-scolarisation des filles ou les mutilations génitales féminines est complexe et ne s’improvise pas. En remettant en question des siècles de tradition, des croyances culturelles profondément ancrées voire une situation profitable à certain-e-s, les activistes des droits des filles savent qu’ils-elles marchent sur des œufs.

Gagner contre la violence, c’est possible

Si cette remise en question est un défi, elle n’empêche pas des victoires parfois spectaculaires contre les violences sexistes aux quatre coins de la planète: aujourd’hui, une fille court 30% de risque de moins que sa mère d’être excisée, le mariage précoce recule partout et l’éducation des filles fait des pas de géants dans bien des pays.

L’obtention de ces résultats n’est pas le fruit du hasard. Chez Plan International, 5 principes de base se sont révélés cruciaux dans l’obtention de ces succès, y compris dans les régions les plus conservatrices.

5 clés du succès pour concilier tradition et droits des filles

1. Aborder la question avec pragmatisme

Les inégalités de genre sont rarement vues comme une priorité dans des zones reculées où les soucis liés aux récoltes, à l’accès à l’eau ou aux maladies rythment le quotidien. Les acteurs-rices qui souhaitent lutter contre les discriminations de genre dans ces communautés ont donc intérêt à intégrer les problèmes pratiques des villageois-e-s dans leur travail pour être accepté-e-s.

C’est pourquoi Plan International et ses partenaires mènent en priorité les actions contre les mariages précoces, l’excision ou la déscolarisation des filles dans des zones où la population connaît et reconnaît l’impact positif de nos projets pour la communauté, et où la confiance vis-à-vis de nos équipes - essentiellement composées de locaux - est au rendez-vous.

2. Garder sa juste place

Débarquer dans un village avec son drapeau "droits des filles" depuis la capitale ne sert à rien, sauf à créer de la suspicion vis-à-vis "d’étrangers" qui ne comprennent rien à la vie de la communauté. Pour évoluer, les normes locales qui cimentent les inégalités de genre doivent être questionnées par des animateurs-rices issu-e-s des communautés concernées, partageant idéalement la même langue, la même religion, la même ethnie…

Disposer de bureaux dans ces localités, travailler avec du personnel et des partenaires locaux est donc fondamental pour faire avancer les choses et ne pas être considéré comme une menace à la culture et aux traditions locales.

3. Préférer le dialogue à la confrontation

Si inacceptables qu’elles soient, les discriminations de genre doivent être abordées au niveau local avec prudence et une approche participative, amenant petit à petit la communauté à identifier elle-même ces discriminations comme un problème réel. Condamner ces pratiques et leurs auteurs-rices d’entrée de jeu braquera les éléments les plus conservateurs – exciseuses, chefs coutumiers ou religieux, anciens… – qu’il faut absolument impliquer dans les débats et tables rondes.

Allier le respect des aîné-es-, l’humour, le sens de la formule et les références aux éléments culturels locaux sont des qualités fondamentales de tout animateur local. Dans certains cas, maintenir certaines traditions très ancrées et travailler à leur adaptation se révèle très efficace.

Ainsi, en Zambie et en Guinée, des cérémonies secrètes d’initiation des jeunes filles servant à inculquer les valeurs culturelles et le comportement attendu d’elles une fois adultes ont été intégrées aux projets Plan International, tout en ôtant à ces rites les éléments discriminatoires et dangereux, tels que la déscolarisation prolongée, la violence physique ou l’excision.

4. Mobiliser les autorités morales, coutumières et religieuses

La plupart des pays où subsistent les mariages précoces, l’excision ou la non-scolarisation des filles disposent de lois et de mesures punissant ces discriminations. Mais brandir le bâton de la loi, de l’amende voire de la prison n’est pas la solution la plus efficace, tant l’Etat et ses fonctionnaires sont absents de certaines zones.

S’il est évidemment indispensable de mettre des lois en place et de les faire respecter, il est tout aussi indispensable de mobiliser des autorités morales, coutumières ou religieuses qui sont bien plus écoutées des villageois-e-s: sultans au Niger, imams au Bangladesh, chefs coutumiers au Kenya… Sans oublier les autorités de chaque village: anciens et anciennes, enseignants, exciseuses… Autant de personnalités influentes, respectées voire craintes, et dont la parole a bien plus de valeur que celle de policiers, juges… ou membres d’ONGs.

5. Insister sur les avantages pour les familles

Pourquoi scolariser ma fille puisqu’une fois adulte, elle vivra dans sa belle-famille? Pourquoi risquer que ma fille tombe enceinte hors mariage alors que je peux la marier maintenant? Pourquoi ne pas exciser ma fille alors que toutes les femmes d’ici le sont depuis la nuit des temps?

Autant de préoccupations "logiques" que se posent les parents lors des campagnes de sensibilisation, et auxquelles il est vital de pouvoir répondre de la façon la plus parlante qui soit, avec des arguments qui font mouche, quitte à ce qu’ils semblent étonnants en Europe.

Ainsi, il n’est pas rare qu’un animateur-rice explique à des parents que scolariser leur fille leur rapportera une dot plus importante au moment du mariage, ou qu’elle pourra leur envoyer plus d’argent lors de leurs vieux jours. De même, certains animateurs et animatrices mettent en garde les parents qu’une fille mariée trop jeune risque d’être quittée plus vite par son mari, de revenir à la maison sans travail…et avec de nombreux enfants à nourrir. Quant à l’excision, les frais de santé liés aux complications immédiates ou à long terme qui s’ensuivent sont également un argument parlant.

Il n’existe pas de recette magique pour changer les mentalités et avancer vers plus d’égalité entre hommes et femmes. Partout sur terre, le processus est long, délicat et nécessite de l’endurance et des approches très adaptées au contexte local.

Comme le dit le proverbe, on ne peut pas labourer, semer, récolter et manger le même jour. Mais les fruits de ce travail poussent partout, et de plus en plus vite. Les choses bougent!

Vous voulez faire bouger les choses avec nous? Signez notre pétition contre les excisions au Mali.

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