Si vous êtes jeune et que vous êtes une femme, vous faites partie du groupe le plus exclu au monde. Partout, les filles font face à des discriminations bien spécifiques. Il est donc temps de faire des droits des filles une priorité absolue et de leur donner plus de visibilité au sein du droit international. Avec son rapport Girls’ Rights are Human Rights et la Girls’ Rights Platform, Plan International appelle les autorités et institutions internationales à se préoccuper davantage des vies de millions de filles.

Les filles = le groupe le plus exclu au monde

Mariages d’enfants, mutilations génitales, grossesses non désirées, agressions sexuelles… Toutes ces violations des droits humains concernent principalement les filles. Etonnamment, ces problèmes spécifiques des filles ne figurent pas clairement dans la Convention relative aux droits de l'enfant. 

La Convention de l’ONU relative aux droits de l'enfant ne mentionne jamais les filles. Au cours des négociations, des pratiques telles que la préférence pour les fils et le meurtre de filles nouveau-nées n'ont pas été abordées. La Convention est muette sur les mariages d'enfants, qui affectent principalement les filles. À titre de comparaison, il y a une disposition spécifique sur les enfants soldats, phénomène qui touche principalement les garçons.

Anthony Vanoverschelde, chargé de plaidoyer pour Plan International Belgique
rapport Girls Rights are human rights

De manière générale, les textes de droit international évoquent rarement les filles. C’est ce que souligne le rapport Girls Rights are Human Rights de Plan International (résumé en français ici), qui détaille l’analyse de 1.300 sources légales internationales: moins de 8% des 71.023 paragraphes du droit international étudiés font spécifiquement référence aux filles.

Conséquence? Des millions de filles restent invisibles. Des filles marginalisées, discriminées et privées de chances de s’épanouir. Il faut que cela change, et rapidement. Pour y parvenir, les conventions internationales et autres textes de droit international jouent un rôle primordial.

Ècouter les filles

Après la seconde guerre mondiale, les droits humains ont pris un tournant décisif. À partir de cette époque, ceux-ci sont systématiquement et explicitement mis sur papier. Tous les pays de l’Assemblée générale des Nations Unies s’accordent sur une Déclaration universelle des droits de l'homme et conviennent qu’elle s’applique à chaque être humain, sans distinction. 

Aujourd’hui, la majorité des gens et des gouvernements sont d’accord sur l’interdiction de torturer, le droit à la libre expression de ses opinions, à un jugement impartial, à des soins de santé, etc.

Au fil des années, des problèmes de plus en plus concrets ont été portés à l’agenda international et ont eux aussi été intégrés aux droits humains par le biais d’accords internationaux. Des exemples?

  • La Convention relative aux droits des personnes handicapées. Celle-ci formule les droits des personnes souffrant de handicap, qui sont confrontées à des formes de discrimination spécifiques.
  • La Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes. Celle-ci stipule que les femmes ont le droit de choisir un mari en toute liberté et que toute personne voulant forcer une femme à se marier, viole les droits humains.

Mais même cette convention sur les droits des femmes mentionne à peine les discriminations et violences auxquelles sont confrontées les filles, qui peuvent être bien différentes de celles auxquelles font face leurs ainées. Nous ne répèterons jamais assez que les autorités et organisations internationales, devraient avoir pour réflexe de donner la parole aux filles et de les écouter. Les problèmes auxquels elles sont confrontées doivent être formulés avec clarté et précision, et servir de base pour compléter les textes internationaux.

Les autorités face à leurs responsabilités

Le nouveau rapport de Plan International souligne une nouvelle fois que les droits des filles sont des droits humains. Pourquoi est-ce si important? Parce que les droits humains obligent les autorités à prendre leurs responsabilités vis-à-vis de leurs citoyen-ne-s:

  • droits humains = interdictions: la Convention relative aux droits de l'enfant, par exemple, stipule qu’un gouvernement ne peut pas enfermer des enfants, à moins que cela ne soit une ‘mesure de dernier ressort’, ‘d’une durée aussi brève que possible’.
  • droits humains = obligations: la Convention de l’ONU sur les droits des femmes, par exemple, énonce que les autorités doivent veiller à ‘l'élimination de toute conception stéréotypée des rôles de l'homme et de la femme à tous les niveaux et dans toutes les formes d'enseignement’.

Dès lors, de nouvelles normes internationales pour protéger les filles mettraient les autorités sous pression et les inciteraient à prendre action. Par exemple:

  • se montrer plus sévères à l’encontre des mariages d’enfants
  • veiller à une meilleure éducation sexuelle afin de réduire les grossesses précoces
  • garantir à une jeune fille enceinte la possibilité d’interrompre sa grossesse

Une démarche utile serait certainement de compléter la Convention des droits de l’enfant et la Convention des droits des femmes de recommandations collectives favorables aux droits des filles afin de mieux les - protéger. 

Droits des filles "à la carte" ?

Même si on mettait en place les solutions proposées plus haut, certains pièges subsisteraient. En droit international, ces pièges sont appelés ‘réserves’. Quand un pays signe un traité, son consentement peut être assorti de réserves. Pourquoi ? Parce ce que ce pays n’adhère pas à certaines dispositions du traité, souvent pour des raisons religieuses ou culturelles.

La Convention relative aux droits des femmes a été ratifiée par 189 pays, mais 48 pays ont émis des réserves et 16 pays ont déclaré ne pas être d’accord avec l’article traitant des droits égaux dans le mariage! La même situation s’est répétée dans le cadre des Objectifs de développement durable (ODD) : un tiers des réserves émises portent sur des éléments liés à l’égalité de genre et aux droits sexuels.

Comme le souligne le rapport de Plan International, cette application "à la carte" des droits des filles pose problème. Lors des négociations autour des normes internationales, il faut donc éviter autant que possible que les droits des filles ne soient rabotés sous couvert de la religion et des traditions. Le rapport conseille dès lors d’élaborer des programmes de formation sur les droits des filles pour les négociateurs.

Si les autorités veulent utiliser l’arme du droit international pour s’attaquer aux discriminations contre les filles, il est nécessaire de mettre à mal les normes patriarcales, traditionnelles et religieuses qui alimentent les discriminations.

Anthony Vanoverschelde, chargé de plaidoyer pour Plan International Belgique

Le rapport avance deux autres recommandations: nommer un rapporteur spécial au sein de l’ONU pour analyser et rendre compte des droits des filles et des violations de ces droits et renforcer la procédure de plaintes individuelles établie par les Protocoles facultatifs à la Convention relative aux droits de l'enfant et des femmes.
 

En savoir plus:

  • Lisez ici le rapport complet Girls’ Rights are Human Rights, qui détaille les principes de droit ‘souple’ et de droit ‘dur’, les réserves, les lacunes et les recommandations. 

  • Le résumé du rapport en français.

  • Plan International a mis sur pied une Girls’ Rights Platform . Cette plateforme utilise des outils innovants, dont une base de données reprenant plus de 1.300 documents politiques, du matériel éducatif autour des droits des filles et un ‘UN debate tracker’, qui place les États devant leurs responsabilités. La plateforme se veut un outil indispensable aux ONG, activistes pour les droits des jeunes, diplomates, agences de l’ONU et chercheurs qui veulent mettre les droits des filles au sommet de l’agenda international.

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