En avril 2015, la photoreporter Lieve Blancquaert s'est rendue au Népal avec Plan International Belgique. Avec son regard unqiue, elle nous livres des images et des histoires qui nous permettent d'aborder les mariages d'enfants au Népal d'un peu plus près. 

 

Episode 3

Nous partageons ces récits avec vous sur notre blog de campagne en cinq épisodes et portraits. Le troisième épisode raconte l'histoire de Sanju, un père de quatre filles confronté au poids des traditions.

Coincé entre deux géants, l'Inde et la Chine, le Népal manque d'oxygène. C'est l'un des pays les plus pauvres du monde. Corruption, surpopulation, mauvaise qualité de l'enseignement, catastrophes naturelles et une dette extérieure colossale font que les mariages d'enfants restent ici monnaie courante. Plus de 42 pour cent des Népalais se marient avant l'âge légal de dix-huit ans. Les traditions séculaires et le système des castes pèsent plus que la loi.

Dans la province de Rauthahat, je rencontre un groupe de la caste mali, une des plus basses du système. Sanju, père de quatre filles, me fait comprendre que trois d'entre elles sont déjà mariées. Il me montre Puja, une superbe jeune fille de quatorze ans, qu'il a promise en mariage quand elle avait un an et demi. Asa, suspendue à la main de son père, a cinq ans; l'homme de sa vie lui a été attribué peu après ses deux ans. Rubi, enfin, tout juste quatre ans, est déjà mariée depuis deux bonnes années. "Elles ne s'en rendent pas compte. Comment le pourraient-elles? Elles étaient beaucoup trop petites. C'était déjà comme ça que nous faisions au temps de mon grand-père. Nous ne sommes qu'un tout petit groupe, et ce n'est pas facile de trouver un homme convenable pour ses filles. Dieu ne m'a accordé que des filles. C'est mon destin, mais je les aime quand même beaucoup."

Je regarde l'homme dans les yeux et je me rends compte qu'il n'y a rien de mauvais en lui. Prenant affectueusement la petite fille sur ses genoux, il rit d'un rire amical. "Je vais chercher mes gendres dans d'autres villages, et je fais surtout attention à choisir une bonne maison. C'est le plus important. Je parle avec le père du garçon et nous fixons une date et une dot. Bien sûr, elles pleureront quand elles partiront. Nous aussi, nous pleurerons. Elles resteront chez nous jusqu'à quatorze ou quinze ans, mais on sait, depuis le premier jour de leur vie, qu'elles devront partir. Ce sont des filles, et les filles ne restent pas chez leurs parents."

Assise sous un grand arbre, sa femme, Devi, s'amuse de ma surprise. Puis, Sanju me raconte leur propre histoire. "Je me suis marié à deux ans, mais vers mes quatorze ans, je suis tombé amoureux de cette femme. J'ai finalement décidé de payer une amende à la fille à laquelle j'étais marié, comme ça, j'étais de nouveau libre et j'ai pu choisir Devi. S'il le faut, mes enfants pourront faire la même chose, mais cela coûte très cher."

Nous restons à discuter, malgré nos différences de culture et de langue. J'essaie de comprendre cette tradition effarante. Ici, personne ne sait ni lire ni écrire. Aucun enfant ne va à l'école. "À quoi nous serviraient l'éducation et les connaissances?", demande Sanju. "Les filles s'occupent des cochons et des repas." Les collaborateurs de Plan International Népal, que j'ai accompagnés, lui expliquent que ce qu'il fait est un délit. Il réfléchit, puis: "Ce qui est fait est fait. Je ne peux pas revenir en arrière. Mais je ne veux pas aller en prison. Je promets que, pour la petite dernière, je ferai autrement."

 

Cet article vous intéresse? Partagez-le!