La lutte contre les mariages précoces et forcés fait désormais partie des priorités internationales de la Belgique. Une avancée majeure et bienvenue, mais qui contraste avec le manque de moyens permettant de  lutter efficacement contre cette pratique chez nous.

Une opinion d’Anthony Van Overschelde (Plan International Belgique) et Prof. Els Leye ( ICRH-Université de Gand).

Les mariages précoces et forcés sont l’une des principales violations des droits des filles dans le monde. Sur terre, une mineure est mariée de force toutes les deux secondes. Dans 7 des 18 pays partenaires de la coopération au développement belge, plus d’une fille sur trois est aujourd’hui victime de ce fléau. Comme au Niger, où les ¾ des filles sont mariées mineures, faisant voler en éclats toute perspective d’éducation, d’autonomie et d’avenir.

Face au cri d’alarme porté depuis des mois par Plan International Belgique, le Gouvernement Michel a décidé d’intégrer la lutte contre les mariages précoces et forcés parmi les priorités de son action internationale, et de monitorer ses partenaires afin de voir dans quelle mesure la lutte contre cette pratique est effectivement mise en œuvre chez eux. Une décision salutaire, soutenue il y a quelques semaines par le Parlement fédéral, lors de l’adoption en plénière de la toute première résolution belge contre les mariages et forcés.

Not in my backyard ?

Si le caractère pionnier de notre pays dans ce dossier est à saluer, une question de cohérence se pose toutefois rapidement : comment exiger de nos pays partenaires des efforts qui ne sont que trop peu mis en œuvre sur notre propre territoire ?

Dévoilée ce mardi à l’occasion de la première conférence organisée sur ce problème en Belgique*, l’étude de l’International Centre for Reproductive Health lance en effet un pavé dans la mare : si elle veut être crédible sur cette question au plan international, la Belgique doit aussi balayer devant sa porte et prendre des mesures concrètes pour lutter contre le phénomène chez nous.

Car les mariages précoces et forcés sont aussi une réalité belge. S’ils doivent être maniés avec prudence, les chiffres des acteurs de terrain – associations, police, écoles, centres d’accueil – dressent un tableau inquiétant. Ainsi, à Bruxelles, au moins 10 cas de mariages forcés ont été identifiés en 2013. La même année, 9 autres cas ont été repérés à Mons. A Gand, la structure d’appui aux populations étrangères fait état de 5 à 10 cas de mariages forcés chaque année.

Et les cas et suspicions se succèdent dans toutes les grandes villes du pays. Un bilan loin d’être exhaustif du fait du sous-rapportage et du manque de structures à même d’identifier et prévenir ces mariages.

Accélérer les efforts

Car c’est bien là où le bât blesse : si les mariages précoces et forcés sont interdits et punis par la loi belge, et si différents niveaux de pouvoir développent depuis quelques années des mesures destinées à mieux comprendre ce phénomène, les structures, l’expertise et les moyens permettant de véritablement prévenir et sanctionner cette pratique font encore défaut. Avec pour résultat des dizaines de victimes chaque année – au bas mot.

De nombreuses pistes d’action sont pourtant à portée de main pour corriger le tir.

  • Ainsi, dégager des moyens pour que les acteurs de première ligne se forment à la question, à sa détection et puissent mener des campagnes de sensibilisation dans les communautés à risque contribuerait à informer les jeunes, à encourager la résistance et à faire émerger le débat là où il reste encore trop souvent tabou.
  • Adapter les circulaires fédérales sur la violence intrafamiliale permettrait aux magistrats de mieux faire face aux mariages forcés dans le cadre judiciaire.
  • Former la police à prendre en charge cette problématique et fournir aux (potentielles) victimes des lieux d’accueil et un appui psychologique et judiciaire spécifiques est une autre piste relevée par les experts.

Les autorités belges, fédérales, régionales et communautaires, ont ici des responsabilités et des opportunités à saisir pour rapidement améliorer la situation dans notre pays.

Saluée à l’étranger pour son volontarisme sur la question des mariages précoces dans le monde, la Belgique doit aujourd’hui mettre en pratique qu’elle exige de ses partenaires pour garantir sa crédibilité. Si la Belgique entend mettre la lutte contre les mariages précoces et forcés en bonne place des nouveaux objectifs de développement post-2015, se montrer irréprochable sur son propre territoire s’impose au plus vite. Au risque de se faire répondre par ses partenaires étrangers : « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ?».

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