Pour venir en aide aux réfugié.e.s fuyant la guerre au Soudan du Sud, Plan International Belgique a financé un projet d’aide d’urgence à Adjumani, dans le nord de l’Ouganda. Caroline Celis, notre responsable humanitaire, revient sur ce projet qui ne s’est pas contenté de répondre aux besoins les plus visibles. Interview.

Vidéo: l'action de Plan International en Ouganda pour les réfugié.e.s du Soudan du Sud

 

La crise des réfugiés du Soudan du Sud reste mal connue du public. Quelle est la situation sur place?

Caroline: "A cause de la guerre au Soudan du Sud, près de 2,3 millions de civils vivent aujourd’hui encore dans les pays voisins comme le Soudan, l’Ethiopie ou l’Ouganda. Il s’agit en majorité de femmes accompagnées d’enfants, qui ont dû tout abandonner pour rejoindre les camps de réfugiés ou des campements de fortune aux abords des villages."

"En Ouganda, plusieurs centaines de milliers de femmes se sont retrouvées dans une zone extrêmement pauvre, marquée par une terrible guerre civile dans les années 1990 et 2000. La situation sanitaire et nutritionnelle y est très difficile. Paradoxalement, l’accès à l’eau, aux soins et à l’alimentation dans certains camps était parfois moins critique que dans des communautés hôtes."

"Du coup, notre objectif était d’aller au-delà de l’aide humanitaire aux seul.e.s réfugié.e.s pour offrir une réponse plus large aux populations dans le besoin, qu’elles soient réfugiées ou locales." 

Quelle a été l’action la plus utile à ce niveau?

Caroline: "Les besoins immédiats étaient énormes, surtout pour les enfants et les femmes enceintes. La malnutrition infantile était très élevée, avec des risques réels pour la survie et le bon développement des enfants." 

Notre projet s’est donc d’abord focalisé sur l’identification des enfants à risque, leur suivi, la distribution d’aliments thérapeutiques, l’organisation de consultations prénatales et postnatales, etc. C’était la première urgence.

"Mais à plus long terme, ce qui m’a vraiment semblé utile ici, c’est d’avoir misé sur la formation des femmes. En se basant sur les recettes de mamans locales ou réfugiées, nous avons organisé de grandes démonstrations de cuisine – sortes de 'Top Chef Ouganda' – qui ont permis à des centaines de femmes d’échanger leurs trucs et astuces pour préparer des plats très nutritifs pour enfants sur base de produits bon marché et faciles à trouver."

"Ces sessions de masse étaient très animées. Et surtout très efficaces. C’est une approche qui donnera des résultats à long terme."

La crise n’est pas finie au Soudan du Sud, et les réfugiés en Ouganda seront encore là pour longtemps. Comment éviter des crises alimentaires à répétition dans cette région?

Caroline: "Il est crucial de réduire leur dépendance vis-à-vis de l’aide internationale. C’est une priorité pour notre projet.

En plus des formations culinaires, nous avons donc aussi financé des formations agricoles pour les femmes, afin qu’elles maîtrisent les techniques les plus productives. 

"Nous les avons aidées à se former en collectifs et leur avons donné un petit coup de pouce en matériel et en semences. Elles sont désormais lancées et prêtes à assurer la sécurité alimentaire de leur famille."

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