Cet été, Sreyleab, jeune Cambodgienne de 12 ans, a recu la visite de ses Parrains Plan, Dirk et Karin. Ces derniers partagent avec vous leurs impressions de voyage et les souvenirs d'une rencontre au bout du monde qui a largement dépassé leurs attentes.

Lucky girl

Que ressent-on avant une visite à son Filleul Plan? "Essaie de cerner ton émotion", me dit mon entourage. J'ai presque honte, car tout ce que je ressens, c'est de la curiosité. La décision de parrainer un enfant, il y a sept ans, était guidée par diverses réflexions.

Nous menons la belle vie, ici, contrairement à énormément de gens sur cette planète. Plan International s'intéresse aux plus faibles, au groupe le plus important pour l'avenir de la société: les jeunes. Plan International vise un changement structurel, pas des solutions de façade.

Ma femme Karin avait été au Cambodge avec sa fille Clara onze ans auparavant et, d'une manière ou d'une autre, ce peuple les avait profondément marquées. Notre Filleule Plan serait donc une petite Cambodgienne. Nous avons reçu quelques photos, des infos sur l'école, quelques lignes sur les projets soutenus par Plan International. Parfois, Sreyleab nous envoyait un dessin de fleur ou de ruban à cheveux. Nous répondions avec des photos de nous et écrivions quelques banalités sur la Belgique. 

Qui est Sreyleab? Qu'attend-elle de nous? À Kampong Cham, nous sommes rejoints par l'équipe de Plan International, une journaliste et un photographe français qui parle couramment le cambodgien. J'espère que Sreyleab – dont le nom signifie "Lucky girl" – ne va pas se sentir écrasée par tous ces regards. Quand nous arrivons enfin au village après une heure et demie de route, la surprise est totale. Tout le village est sur le pont. Une seule personne restera sereine tout du long, irradiant littéralement la sérénité: Sreyleab. Avec une dignité incroyable pour une fillette de douze ans.

Sreyleab reçoit ses Parrains Plan au Cambodge. Photo: Plan International/Regis Binard

 

La rencontre

Il ne manque que la fanfare. Tout le village nous attend. Le chef du village, quelques responsables, une ribambelle de personnes aux visages riants, fillettes en uniforme d'écolière, vieillards, mères... Même les pères ont laissé leurs occupations. J'avais peur que nous ne reconnaissions pas Sreyleab... Mais aucun risque. Ses amies l'encouragent et la poussent en lui donnant des bourrades.

Sreyleab sourit, s'avance, met les mains devant son visage et nous salue avec grâce. La douceur de son sourire, son port de tête, sa manière de parler... Elle a quelque chose de princier.

Derrière la maison de Sreyleab, un auvent a été bricolé avec une toile et une corde. On nous sert du lait de coco frais. Sa mère a préparé des galettes de riz. Le responsable local de Plan International prend la parole. S'adressant à la cantonade, il explique le but de notre visite, veille à ce que chacun se présente et traduit tout. L'assistance est invitée à poser des questions. Un homme veut connaître nos âges. Une femme demande combien d'enfants nous avons. Un jeune homme déclenche l'hilarité générale en demandant si Stéphanie, la journaliste aux cheveux d'or, verrait un inconvénient à ce qu'un homme du cru lui propose le mariage.

Sreyleab reçoit ses Parrains Plan au Cambodge. Photo: Plan International/Regis Binard

 

Sreyleab, les mains croisées sur les genoux, observe tout cela avec le sourire. Elle porte son uniforme d'écolière: un chemisier blanc et une jupe noire qui va jusqu'aux chevilles. Après avoir remis un petit cadeau à la maman et à Sreyleab, nous montons l'escalier et entrons dans la maison. Là, elle nous montre à quel point elle nous attendait.

La fièvre typhoïde, mais pas d'anniversaire

La maison est une cabane sur pilotis qui compte deux pièces: une partie séjour et couchage et un espace séparé pour cuisiner. La pièce de vie est entièrement vide, car le père de Sreyleab a rangé les hamacs. Le sol est fait de fines lames de bambou. Comment ces lamelles ont résisté à nos poids d'Occidentaux, cela reste pour moi un mystère! Au mur, entre les lattes, sont accrochées la photo de mariage des parents et quelques photos de Sreyleab quand elle était bébé. Elle est leur unique enfant. "Peut-être que nous aurons encore un deuxième enfant", dit la mère de Sreyleab.

Puis un paquet surgit sur le sol en bambou; une pochette en plastique contenant toutes les enveloppes, lettres et cartes que nous avons envoyées à notre Filleule Plan. Tout a été précieusement conservé. Je remarque que notre adresse, au dos de toutes les enveloppes, est recouverte au feutre noir. Le service communication de Plan International fait cela pour que tous les contacts passent par eux, afin d'éviter les abus.

"Ça va bien", dit le père. Toutefois, ils ont été malades tout un temps. Sreyleab a eu plusieurs rhumes récemment; de plus, l'année passée, elle a attrapé la fièvre typhoïde. La mortalité, pour cette maladie, reste de 10%. Sreyleab ouvre le plumier que nous lui avons offert, prend un feutre et se met à dessiner. Lentement apparaît le motif d'une fleur compliquée. Elle nous demande nos dates d'anniversaire. Elle les note dans son petit cahier. Nous lui retournons la question. Ni elle ni sa mère ne le savent. Ce n'est pas chose rare au Cambodge, apparemment. Sreyleab est née l'année du Cheval, il y a 12 ans. Ici, on ne fête pas les anniversaires de toute façon.

En tournée

L'école de Sreyleab se trouve à un kilomètre du village. À notre grand étonnement, la classe de sixième nous accueille avec une haie d'honneur, les garçons à droite, les filles à gauche. Sreyleab est la plus grande de sa classe. Ses amies du village sont à côté d'elle. Pour ne pas faire de jaloux, Karin a apporté des plumiers remplis pour tous les enfants. Ces plumiers ont une histoire en trois temps. D'abord, nous avons pensé que 25, l'équivalent d'une grande classe en Belgique, serait un nombre suffisant. Mais en Asie, nous sommes-nous dit ensuite, les classes sont plus grandes; nous sommes donc passés à 35. Jusqu'à ce que Plan International nous apprenne que cette classe-là compte 46 enfants!

Silencieux, ils écoutent avec attention leur professeur, qui connaît son affaire. Au tableau, des divisions du temps: combien font 75h34min24s divisées par 7. Les enfants déclament un poème. Nous apprenons qu'il raconte comment se comporter face à la violence domestique. Dans le village de Sreyleab, un volontaire vient régulièrement aborder diverses thématique du genre, à travers des jeux de rôles.

Nous prenons congé des élèves et des enseignants. Après cela, nous allons visiter un jardin d'enfants, géré par la communauté locale. Les deux éducatrices, qui ont suivi une formation de dix jours chez Plan International, sont manifestement fières de leur travail.

Vient ensuite la maternité locale, où se trouvent deux femmes qui ont accouché hier. Les pères et les grands-mères sont là aussi, et ne quittent pas les deux lits sans matelas.

Puis, c'est au tour d'une installation d'épuration des eaux, quelques kilomètres plus loin. Un magnifique système autonome, qui tire son énergie d'une installation solaire; celle-ci alimente une pompe qui propulse l'eau à travers un ingénieux montage de filtres à sable, à charbon et à résine.

Le projet est le fruit d'une collaboration entre plusieurs ONG dont Plan International. Des garçons sont spécialement préposés à l'entretien de ces filtres et au remplissage des énormes bouteilles d'eau. Les bidons sont vendus à petit prix ou distribués aux écoles. Le mois prochain, l'installation aura un an, et sa gestion sera transférée à la collectivité locale. Plan International continuera cependant à assurer une supervision.

Les vrais volontaires

De nombreuses ONG se côtoient dans la région de Kampong Cham, en plus des projets de développement officiels de quantité de pays. Le pont géant de Kampong Cham a été construit par le Japon; l'autoroute pleine de nids-de-poule par la Chine; les installations médicales par les États-Unis; les foyers d'accueil pour orphelins par Smile; les installations d'épuration des eaux par 1001 Fontaines... pour ne citer que les premiers qui me viennent à l'esprit. Et c'est sans compter, bien entendu, les innombrables activités de Plan International. Cette concentration des efforts internationaux est indispensable dans un pays qui souffre encore des séquelles de la dernière guerre et de l'atroce génocide commis par les Khmers rouges. Le plus grand défi reste la corruption galopante et quasiment institutionnalisée. Ce fléau guette partout, prêt à faire disparaître une partie des fonds dans les poches de ceux-là mêmes qui sont déjà en grande partie responsables de la misère de leur propre peuple! Les hommes au volant de grosses Lexus qui paradent dans les rues de la ville sont les compatriotes des enfants qui sniffent de la colle.

Ce voyage a donné corps à ce qui n'était guère plus qu'un projet sympathique pour lequel nous versions chaque mois un certain montant – déductible fiscalement. Nous rentrons chez nous avec des sentiments de solidarité plein nos valises.

Qui suscitent notre admiration pour Sreyleab qui veut devenir institutrice. Qui suscitent notre respect pour Plan International, qui fait pousser des projets comme des champignons. Qui suscitent notre indignation parce que "beaucoup" ne sera jamais assez.

Voilà pourquoi nous voulons plus d'aide encore, pour que le village de Sreyleab bénéficie lui aussi d'une eau filtrée. Nous voulons un meilleur contrôle des programmes de vaccination, qui sont censés prévenir des catastrophes telles que la fièvre typhoïde, une maladie effroyable qui n'aurait jamais dû toucher notre Filleule Plan.

Sreyleab nous a invités dans sa maison. Elle était si fière. L'héroïne du village, la reine de sa classe. En échange, elle n'a pas reçu grand-chose: un plumier et quelques lettres. Grâce à des enfants comme elle, les vrais volontaires, les vrais ambassadeurs, la curiosité se mue en solidarité. Nous garderons certainement le contact. Et nous souhaitons à tous ceux qui soutiennent Plan International de vivre les mêmes sentiments de solidarité, qui font chaud au cœur.

Dirk Schoofs & Karin Jacobs, Parrains Plan

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