Girlene, 30 ans, est propriétaire d’un studio de danse à São Luís, au Brésil. Cette jeune femme talentueuse a pourtant dû se battre pour réaliser ses rêves. Agressée par son père, violée par son beau-père et forcée de dormir dans la rue à 13 ans, elle partage aujourd’hui son histoire pour dénoncer la violence dont de nombreuses filles et femmes sont victimes au Brésil et pour éviter à une autre génération de filles de connaître le même sort.

Un cauchemar sans fin

"Ma mère était battue par mon père, mais j’étais alors trop jeune pour m’en rendre compte. Peu de temps après, il s’en est pris à ma sœur et moi, et m’a fracturé la clavicule. Ma mère l’a finalement quitté lorsque j’avais dix ans.

Mon calvaire était toutefois loin d’être terminé. Ma sœur et moi avons commencé à travailler comme employées de maison pour gagner un peu d’argent (moins de 15 euros par mois). Nous avons donc dû quitter l’école et nous ne pouvions rentrer chez nous qu’une fois par mois. De plus, nous étions très peu nourries et devions dormir sur le sol. Après six mois, nous sommes finalement retournées vivre chez notre mère, car nous n’avions plus la force de travailler là.

Elle vivait alors avec un autre homme. Au début, tout se passait très bien, il était gentil avec nous et nous sommes retournées à l’école, où je me suis inscrite à un cours de danse pour poursuivre ma passion. Mais son comportement a rapidement changé. Il nous interdisait d’allumer la lumière pour étudier et, lorsque nous rentrions de l’école, il se mettait en colère et jetait toute la nourriture. Malgré tout, ma mère l’a toujours soutenu.

Un jour, après être rentrée de mon cours de danse, je suis allée me laver. La douche se trouvait à l’extérieur de la maison et n’avait pas de porte, juste un rideau. Alors que j’étais en train de me doucher, mon beau-père est arrivé, a mis sa main sur ma bouche et m’a violée. J’avais 13 ans. Lorsqu’il est parti, je suis restée couchée sur le sol, essayant de comprendre ce qu’il venait de se passer. Je saignais et souffrais énormément.

Le lendemain, quand j’ai tenté de raconter à ma mère ce qu’il s’était passé, elle m’a interrompue en me disant que j’avais tout imaginé. Malgré tout, j’ai vécu là pendant encore plusieurs mois et il a continué à me harceler et à me toucher de manière inappropriée. Je redoutais de me retrouver seule à la maison avec lui.

Un jour, lorsque ma sœur et moi sommes rentrées de l’école, notre mère nous a annoncé qu’elle voulait qu’on quitte la maison. Elle était heureuse avec cet homme et ne voulait pas le perdre à cause de nous. Ma sœur est alors partie vivre avec son copain et j’ai dormi deux jours dans la rue."

Un nouveau départ

"C’est alors que j’ai rencontré deux éducatrices qui sont devenues des personnes importantes dans ma vie. L’une d’elles m’a invitée à vivre avec sa famille et j’ai vécu avec elle pendant plusieurs années.

J’ai commencé à prendre confiance en moi grâce à des workshops organisés par Plan International Brésil. J'ai alors appris à défendre mes droits et à m’exprimer. 

J’ai également pris part à un projet de communication, ce qui m’a donné la force de raconter à l’une des éducatrices ce qu’il m’était arrivé lorsque j’avais 13 ans.

La danse m’a aussi permis de retrouver l’espoir et reprendre confiance en moi. Ma passion m’a libérée de mes démons et m’a aidée à me sentir plus sûre de moi.

J’ai maintenant 30 ans. Après avoir obtenu mon diplôme, j’ai ouvert mon propre studio de danse avec mon mari et je suis devenue éducatrice. J’ai concrétisé tous mes rêves, car j’ai eu le courage de m’exprimer et je me suis entourée de personnes qui m’ont aidée à prendre conscience que je pouvais faire une différence. Je ne veux pas que les gens aient de la peine pour moi, car je refuse de m’apitoyer sur mon sort. J'ai également appris à pardonner ma mère et nous avons à nouveau une bonne relation".

Combattre la violence envers les filles et les femmes

"La violence sexuelle est un problème majeur au Brésil. Les autorités n'interviennent pas et cette violence découle de nombreux autres problèmes. Si on abordait le sujet lors de séances de sensibilisation, comme celles organisées par Plan International, on améliorerait la situation des filles et on leur garantirait un avenir meilleur.

Aujourd’hui, j’encourage les filles et les femmes qui ont souffert comme moi à oser prendre la parole et à dénoncer ceux qui les ont fait souffrir. Montrons à la société que nous ne resterons pas silencieuses face à cette injustice!"

Parmi les voix de protestation qui s’élèvent aujourd’hui au Brésil, un cri de révolte tente également de se faire entendre: celui des milliers de filles et de femmes qui s’indignent contre la violence qu’elles subissent au quotidien. Rien qu’à São Paulo, au nord-ouest du Brésil, une femme est agressée toutes les 15 secondes alors que, dans le pays tout entier, plus de 500.000 personnes sont violées chaque année et seuls 10% des cas sont signalés à la police.

Afin d’éradiquer la violence envers les filles et les femmes, Plan International a mis en place divers projets qui permettent aux filles de s’exprimer librement et de défendre leurs droits. Elles y apprennent aussi à se protéger et à combattre la violence, et n’hésitent pas à partager leurs connaissances avec toute leur communauté.

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