Le FNUAP estime que 700 millions de filles vivront dans les zones urbaines d'ici 2030 ; à la recherche d'un travail décent, d'une éducation de qualité et de plus d'opportunités pour s’épanouir. Trop souvent, cependant, vivre dans les zones urbaines entraine pour elles des défis et risques accrus d'exploitation, de harcèlement sexuel, de violence ou d'insécurité dans l’espace public.

Les recherches de Our World montrent que, chaque mois, cinq millions de personnes migrent vers les zones urbaines, dont des millions de filles et de jeunes femmes, chacune cherchant sa propre place dans l'espace public. Non seulement cette quête est différente pour les filles et les femmes, mais elle diffère également entre les filles et les femmes. Leur position sociale est en partie déterminée par leurs divers facteurs d'identité tels que le sexe, la nationalité, l'ethnicité, la religion, l'âge, l'orientation sexuelle, etc. Des expériences uniques de violence, de discrimination ou de privilège naissent ainsi de la fusion et / ou du renforcement de ces multiples facteurs.

Meisje zit thuis en kijkt naar buiten

 

Cette violence sexuelle est un problème social répandu, comme le montrent nos propres recherches (2019) en Belgique et dans 5 grandes villes du monde : Kampala, Lima, Delhi, Sydney et Madrid. En Belgique, 91% des filles et 28% des garçons ont déjà été victimes de violences et de harcèlement sexuels. À Lima, 54% des filles âgées de 15 à 24 ans ont déjà été « sifflées » en rue ou confrontées à des remarques ou de gestes inappropriés. Dans certains endroits, comme à Kampala la capitale de l'Ouganda, l'un des pays partenaires de la coopération belge au développement, ces situations s’ajoutent à d’autres faits de violences quotidiennes.  

Quand je suis au marché, des hommes me crient qu'il veulent me toucher là où ma mère et mon père ne le font pas... J'ai l'impression que je ne suis pas en sécurité ici parce qu'ils sont toujours là à ne rien faire.

Jeune femme, 18 ans, Kampala

A travers le monde, les filles et les femmes doivent régulièrement prendre des mesures stratégiques pour prévenir et éviter le harcèlement sexuel et d'autres formes de violence dans l'espace public. Changement de trajet vers la maison, choix d'un siège dans les transports en commun, réduction physique de son apparence en public, utilisation d'écouteurs ou de lunettes de soleil pour se rendre invisible… Des mesures préventives visant à modifier et à limiter leur comportement et leur liberté de mouvement afin de minimiser le potentiel de harcèlement non seulement «au cas où», mais aussi pour d'être blâmée en cas d’incident.

Il est difficile pour les filles de parler de harcèlement sexuel. Cela ne semble pas important: rien ne s'est passé physiquement.

Jeune femme, 16 ans, Bruxelles

 

Ces faits sont la conséquence de normes sociales injustes. Ils constituent des violations graves des droits des filles et des femmes, à la dignité, à la protection et à leur liberté de mouvement. C'est inacceptable, injuste, et lourd de conséquences sur leur droit à l'éducation, au travail, etc.

Quand je rentre du travail, de vieux hommes me suivent en voiture et me demandent souvent des relations sexuelles.

Jeune femme, 22 ans, Kampala
Safer Cities for Girls

 

« Safer Cities » comme bonne pratique

Le programme international Safer Cities soutient les jeunes du monde entier qui luttent contre le harcèlement sexuel dans la ville, en organisant des groupes de jeunes locaux qui formulent leurs propres solutions et recommandations aux dirigeants politiques et aux communautés. L'objectif du programme est de construire des villes pluis sûres, responsables et inclusives avec et pour les jeunes dans toute leur diversité. Le programme est actuellement mis en œuvre dans dix-huit villes à travers le monde et a été co-développé avec ONU-Habitat et Woman in Cities International. 

Au total, le programme a été lancé dans 12 villes à travers le monde: Japiur et Delhi (Inde); Hanoi, Vietnam); Alexandrie, Assiout et Le Caire (Égypte); Kampala (Ouganda); Nairobi (Kenya); Lima, Pérou); Asunción, Paraguay); Masbate (Philippines) et Honiara (Îles Salomon). 

En Europe, ce projet existe à Madrid, Barcelone et Séville. En Belgique, Plan International et ses partenaires se concentrent sur les villes d'Anvers, Bruxelles et Charleroi.

Des villes plus sûres, également dans nos pays partenaires !

En 2018, des centaines de jeunes belges ont signé une pétition initiée par de jeunes militants de Plan International Ouganda. À la suite de cette action, l'Autorité centrale de Kampala s'est engagée à améliorer l'éclairage public, à lancer des campagnes de sensibilisation contre le harcèlement sexuel dans les rues, à démolir les bâtiments vacants qualifiés de dangereux, ... En outre, les autorités ont également accepté de mettre en place une campagne de sensibilisation pour favoriser l'évolution des comportements et des normes sociales de la population ougandaise.

Plan International Belgique a également soutenu un programme Safer Cities à Hanoi, Vietnam. Dans le cadre de ce programme, des groupes de jeunes «Champions du changement» ont été créés dans les écoles et les universités, et des formations ont été dispensées aux responsables gouvernementaux (y compris dans les transports publics). Des jeunes ont également organisé des «marches de sécurité» dans la ville pour identifier les problèmes et faire des recommandations à leur ville. En 2019, une jeune militante vietnamienne a présenté ces activités aux jeunes bruxellois pour les encourager à travailler à des villes plus sûres.

Des villes plus sûres pour les objectifs de développement durable

Des villes plus sûres pour les objectifs de développement durable
Rendre les villes sûres, responsables et inclusives avec et pour toutes les filles et les jeunes femmes du monde entier est reflétée comme une priorité dans l'objectif 11 (villes et communautés durables) et l'objectif 5 (égalité des sexes) des objectifs de développement durable.

La lutte contre le harcèlement sexuel dans les espaces publics est donc essentielle pour atteindre ces deux objectifs. Cela implique une action à différents niveaux, de la prise de décisions politiques (et leur mise en oeuvre !) à la remise en question de certaines attitudes sociales et au changement de comportement individuel. La pleine participation des filles et des jeunes femmes à l'élaboration de ces mesures est la clé de leur succès.

 

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